22.02.2022

LE JEAN, UNE HISTOIRE FRANÇAISE

Le jean est un pantalon cinq poches en denim : étoffe de coton sergée dont les fils de trame sont écrus et les fils de chaîne bleu indigo non teints à cœur.

Le denim est originaire d’une ville du sud de la France, d’où le tissu tire son nom : la toile « de Nîmes ». Nîmes est, à partir du XVIIème siècle, un important centre de production et de commerce textile. Les bergers cévenols inventent à cette époque une toile de serge tissée de fils de trame blancs et de fils de chaîne teintés à l’indigo ou au pastel. Ils n’utilisent cependant pas de fibres de coton et leur préférent la laine ou de la soie. Le terme « denim » est par la suite remplacé par celui de « jean », déformation du nom de la ville de Gênes, principale importatrice du pigment indigo. C’est aux États-Unis et en Angleterre que les premiers sergés de coton indigo seront produits au XVIIIème siècle.

Le jean intègre le vestiaire français à la fin des années 60. Western House, qui ouvre ses portes  en 1964 avenue de la Grande Armée, est au début la seule boutique parisienne où l’on pouvait acheter des Levi’s 501. Interprété à partir des années 1970 par les couturiers et les créateurs de mode, le jean perd peu à peu sa connotation de vêtement de travail inspiré de l’Americana. Les créateurs français réinterprètent le jean qui devient un produit de mode renouvelé chaque saison. Si Lee, Levi’s, et Wrangler proposaient des jean traditionnels, les griffes françaises proposent, elles, des jean qui suivent les inflexions de la mode : taille haute puis taille basse, coupes cigarettes puis à pattes d’éléphant. Rica Lewis, Rok, Halliday, Sisley, de nombreuses marques de jean français voient le jour.

À la fin des années 80, Helmut Lang est l’un des premiers à créer un jean épuré sans aucune surpiqure sur les poches arrière ni aucun patch, misant sur la qualité de la toile utilisée ainsi que sur la coupe : taille haute et jambe fuselée. Ses jeans serviront d’inspiration à de nombreux designers français. D’abord Jean Touitou avec A.P.C puis Hedi Slimane chez Dior homme au début des années 2000. Ces jeans ont pour traits communs l’utilisation d’une toile brute très sèche presque métallisée ; une teinture mélangeant indigo naturel et indigo synthétique qui se délave plus vite en donnant des reflets azurés ; l’usage de rivets argentés à la place des traditionnels rivets en cuivre.

Si le jean est le plus souvent présenté comme le vêtement universel par excellence, la réalité est toute autre. Le jean à la française diffère aussi bien du jean à l’américaine que du jean à la japonaise. La conception que l’on se fait du jean idéal diffère ainsi selon les cultures et les canons esthétiques qui lui sont propre. La coupe droite des jean japonais mise sur la disparition du corps de son porteur tandis que le jean français, aux antipodes, est une seconde peau, cintré pour souligner le corps, le suggérer, le révéler.

HUSBANDS

Jean
Helmut Lang, Vogue 2000

Helmut Lang, Vogue 2000

jeans Helmut Lang vintage, années 90

jeans Helmut Lang vintage, années 90

publicité Christian Dior Monsieur Sport, 1981

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Serge Gainsbourg par Serge Van Poucke, album Live au Casino de Paris, 1985

Serge Gainsbourg par Serge Van Poucke, album Live au Casino de Paris, 1985

Western House, avenue de la Grande Armée, mai 1968

Western House, avenue de la Grande Armée, mai 1968