LES HOMMES DE JEAN-LUC GODARD

Le modernisme cinématographique de Jean-Luc Godard est empreint d’une assurance de l’âge mûr. Pensez aux cravates larges et aux chemises à col ouvert de Michel Piccoli dans Le Mépris [1963] ou aux hommes en trench-coat d’Alphaville [1965], dystopique. Pourtant, ce qui reste le plus mémorable, peut-être, ce sont les personnages jeunes et idéalistes de Godard – les “enfants de Marx et de Coca-Cola”, comme Godard appelait la génération plus jeune. Vêtus du même tissu conservateur que leurs parents, avec des écharpes écossaises tombant sur leurs manteaux, les révolutionnaires adolescents radicalement chics de Le Petit Soldat [1963] ou de Masculin-Féminin [1966] ont stimulé, provoqué et divisé les auditoires. Dans leur choix de tenue, les nombreux hommes des films de Godard capturent des attitudes et racontent des histoires qui dépassent souvent l’intrigue des films.

À bout de souffle [1960]

Pour son premier film, Godard a privilégié le style sur l’intrigue : des gangsters français au look louche et des femmes au visage joli en marinières à rayures bretonnes. Les personnages de Godard ont un aspect stéréotypiquement français, mais le diable se cache dans les détails. Le personnage de Belmondo se cache pensivement dans un manteau à chevrons généreusement coupé. Un bracelet en argent à son poignet témoigne de son esprit libertin. Ailleurs, un homme chauve évoque des fantasmes de la mafia italienne des années 1930, portant un costume croisé à rayures craie avec des revers crantés, que Godard intitule “La Police”. Godard joue avec nos attentes préconçues en matière de goût pour brouiller les frontières entre le bien et le mal, le pécheur et le saint, le moral et l’immoral.

Bande à part [1964]

Claude Brasseur porte un pull à losanges dans presque toutes les scènes, tandis que Sami Frey est le plus audacieux des deux. La scène de danse classique montre Frey portant une veste à revers crantés croisée en tissu à rayures craie. Des fentes auraient pu aider Frey à bouger ses hanches plus élégamment. Remarquablement, son pantalon noir droit ne correspond pas à la veste, ajoutant à l’informalité innocente de son apparence. La célèbre scène du Louvre donne quant à elle à la redingote camel une apparence jeune et énergique.

Pierrot le Fou [1965]

Jean-Paul Belmondo joue Ferdinand Griffon, un Parisien dégoûté d’une vie ennuyeuse qui ne le satisfait pas. Son costume d’affaires, loin d’une coupe standard bleu marine, associé à une cravate rouge tricotée à la française, témoigne de son désir d’une vie différente. Dans la plupart des plans, Ferdinand porte un costume en laine légèrement surdimensionné à trois boutons avec une poche à rabat et des fentes doubles. Le Prince of Wales check a un motif de carreaux Glenurquhart noir et crème avec une subtile mais inhabituelle surpiqûre rouge. Ce motif était d’abord connu sous le nom de “district check” dans l’Écosse du XIXe siècle. Edward VIII, le prince de Galles, a popularisé le motif dans les années 1920.

Sympathy for the Devil [1969]

C’est là que Godard est le plus coloré et peut-être le plus féminin. Des panneaux orange, moutarde et verts dominent l’écran. Tout le monde ressemble à une version décontractée de Mick Jagger, avec ses bottes en cuir verni et ses boutons de chemise ouverts jusqu’à la taille. L’esthétique du film a été décrite comme “Mod français” : des cols étendus sur des chemises structurées, un peu de fantaisie ici et une touche de cachemire là-bas. Godard est arrivé sur le plateau avec un costume à trois boutons et un revers roulé, trois stylos à plume soigneusement alignés dans sa poche poitrine.

Bill Wyman, Jean Luc Godard, Mick Jagger, Sympathy for the devil (One + One), Royaume Uni, 1968

Bill Wyman, Jean Luc Godard, Mick Jagger, Sympathy for the devil (One + One). Royaume Uni. 1968.

Claude Brasseur, Anna Karina et Sami Frey dans Bande à part de Jean-Luc Godard

Claude Brasseur, Anna Karina, Sami Frey. Bande à part, Jean-Luc Godard.

Daniel Boulanger. À bout de souffle. 1960

Daniel Boulanger. À bout de souffle. 1960.

Jean-Paul Belmondo. À bout de souffle. 1960

Jean-Paul Belmondo. À bout de souffle. 1960.

Jean Paul Belmondo, Anna Karina. Pierrot, Le Fou 1965

Jean Paul Belmondo, Anna Karina. Pierrot, Le Fou. 1965.

Jean-Luc Godard, Brigitte Bardot et Michel Piccoli, dans Le Mépris. Phot. Swiners Jean-Louis 1963

Jean-Luc Godard, Brigitte Bardot, Michel Piccoli. Phot. Swiners Jean-Louis. 1963.

  • L’ÉPAULE
    «Les couturiers y voient aussi l’endroit de leur singularité.»
  • KITANO, TROIS MOUVEMENTS
    «Kitano cautérise l’émotion, réduit le récit, affine le dialogue.»
  • LE PICK STITCH
    « historiquement réalisé à la main avec un détail visuel frappant dans les tissus plus légers et plus brillants »
  • LES HOMMES DE MODIANO
    «En miroir, c’est l’uniforme de Modiano lui-même qui se dessine.»
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